Épisode 12 : ÉPILOGUE : SI C’ETAIT A REFAIRE

© Christopher Poulain

NDLR: Ce chapitre a été réactualisé avant publication en raison de changements survenus entretemps et des actualités respectives de Marc Esposito et Jean-Pierre Lavoignat.

ÉPILOGUE

REGRETS

Sergio Leone à Venise ©L.Roux

Avez-vous des regrets concernant des réalisateurs ou des acteurs que vous n’avez pu rencontrer ?

Marc Esposito. Dans ma carrière de journaliste, l’un de mes rares regrets est de ne pas avoir pu vérifier ma théorie selon laquelle Sergio Leone était opiomane ! J’ai plusieurs indices : les scènes de fumage d’opium dans Il était une fois en Amérique, qui sont un vrai choix d’auteur, mais aussi la construction du film, en escargot, très complexe, mais cohérente dans l’esprit d’un créateur sous opium. De plus, quand je suis passé sur le tournage, Leone dormait sur sa chaise, au milieu de toute l’équipe qui s’affairait. Après avoir revu le film et goûté à l’opium, en revoyant la scène du téléphone qui sonne, je me suis dit :  »C’est sûr, c’est un truc d’opiomane ! » J’aurais adoré avoir l’occasion, et l’audace, de lui poser la question !

Jean-Pierre Lavoignat. Moi, je regrette de ne pas avoir pu rencontrer Visconti et Brando. Pour Visconti, on est arrivés trop tard. Pour Brando, ça a failli se faire lorsque Euzhan Palcy a tourné Une saison blanche et sèche avec lui, mais on n’y est pas arrivés. Heureusement, Christophe, grâce aux rapports qu’il avait noués avec Johnny Depp, a pu l’interviewer sur le tournage de The Brave, et on a publié cette interview-évènement – la dernière grande interview cinéma de Brando –  pour les dix ans de Studio. Pour un scoop, c’était un scoop ! Sinon, moi aussi, c’est avec Leone que j’ai l’un des grands regrets de ma vie de journaliste. Pour Première, je l’avais longuement interviewé avec Dominique Maillet pour la sortie d‘Il était une fois en Amérique, qui est assurément l’un de mes films préférés. Un jour – Studio existe déjà depuis plusieurs années – on apprend que Leone va bientôt tourner Les 120 jours de Leningrad. Avec Christophe, on demande à le rencontrer. Il nous reçoit chez lui, à Rome. On lui propose alors de suivre toutes les étapes de son projet, ce qu’il accepte. On le voit à chaque occasion possible. Je passe quelques jours avec lui pendant la Mostra de Venise 1988 dont il préside le jury, il vient en France invité dans un festival, Christophe le retrouve… A chaque fois, il nous raconte où il en est du casting, du financement, de son scénario. Cela devient de plus en plus excitant. Il joue incroyablement le jeu avec nous. De manière très amicale. Mais peu de temps avant le lancement de la préparation du film, il meurt subitement ! The end ! On avait créé de telles relations avec lui que j’aurais pu tenter, si tu m’en avais parlé alors, de lui demander s’il était ou avait été opiomane !  A Venise, je me souviens, il me disait :  »Restez déjeuner avec moi, comme ça les gens ne viendront pas nous interrompre. Vous voyez Lina Wertmuller là-bas, je n’ai pas envie qu’elle vienne me parler ! » Il taillait tout le monde ! Ah ah ah ! Le Dernier empereur ?  »Un film pour Vogue Homme ! » Visconti ?  »Un très bon décorateur ! » Oui, c’est le plus grand regret de ma carrière à Studio. Mais franchement, je crois avoir rencontré tous les acteurs et tous les metteurs en scène que j’aimais ou que j’admirais. Le seul regret que j’ai aujourd’hui est de ne plus avoir de prétexte pour rencontrer ceux que je prenais plaisir à retrouver régulièrement – les Scorsese, Spielberg, Deneuve, Depardieu, Fanny Ardant, Jodie Foster, Auteuil, Almodovar, Lynch, Jeunet… avec lesquels s’étaient nouées au fil des ans de vraies relations. Et aussi de ne pas avoir de prétexte pour rencontrer les « nouveaux » dont les parcours m’intriguent et me passionnent. Heureusement, les master class ou les débats qu’on me demande d’animer aujourd’hui comblent parfois ces manques. Et les docs que je fais avec Christophe aussi, comme le dernier qu’on a fait sur les Three amigos mexicains : Alfonso Cuaron, Guillermo Del Toro et Alejandro Gonzalez Innaritu.

« A l’époque, les interviews étaient moins formatées. Il y avait moins d’intermédiaires. »

Quand on relit certains Première ou Studio, on se demande comment certaines interviews ont pu avoir lieu et être publiées : Deneuve-Depardieu sur Drôle d’endroit pour une rencontre, Beineix à propos de La Lune dans le caniveau. On n’imagine plus cela aujourd’hui !

JPL. En même temps, les gens que vous citez n’ont pas pour habitude d’être langue de bois ! Surtout avec nous. Disons qu’à l’époque, les interviews étaient moins formatées. Il y avait moins d’intermédiaires. Et c’étaient des gens qu’on connaissait bien. Quand Marc, dans Première, a fait l’interview-feuilleton de Beineix sur La Lune dans le caniveau, de la préparation au tournage, on ne demandait rien à personne, sauf à Beineix lui-même. Pareil quand on l’a fait, dans Studio, avec Régis Wargnier qui a tenu pour nous sur plusieurs numéros son journal de tournage d’Est-Ouest (dont il a d’ailleurs fait un livre ensuite). Aujourd’hui, il y a toujours quelqu’un dans l’entourage des artistes ou dans l’entourage de la production pour se demander si c’est pertinent de le faire, si c’est une bonne idée de marketing ! C’est un phénomène qui a commencé lors de mes dernières années à Studio et n’a cessé de s’accroître. Il y a des choses qu’on ne pourrait pas refaire aujourd’hui.

ME. Une chose est sûre : sans le savoir, je suis parti au bon moment. Je n’aurais pas aimé bosser avec les règles du jeu que Jean-Pierre a connues dans la décennie qui a suivi mon départ.

JPL. Et encore, à l’époque, il y a treize ans, ce n’était pas comme aujourd’hui. On réussissait à échapper aux press junkets (tables-rondes où sont réunis plusieurs journalistes, et qui sont devenus la règle de la promo), à publier nos photos de tournage sans les faire valider à qui que ce soit, à faire des photos avec les Américains, à avoir des rendez-vous qui duraient plus d’une demi-heure…. J’ai même fait une interview de plus de deux heures avec Tom Cruise pour un numéro dont il avait accepté d’être le rédacteur en chef, les gens du studio n’en revenaient pas qu’il se prête au jeu ! Il n’y avait pas tous ces intermédiaires qu’il y a aujourd’hui, même dans l’entourage des jeunes acteurs français qui ont fait trois films !

FILMS  EMBLÉMATIQUES

S’il y avait des films de vos années Première-Studio que vous souhaiteriez faire redécouvrir, quels seraient-ils ?

ME. Tous les films qui me viennent à l’esprit sont des films connus.

Birdy (Alan Parker, 1985), par exemple, est-il si connu que ça par les nouvelles générations ?

ME. Sûrement pas, vous avez raison… La projection de Birdy à Cannes en 1985 était géniale. J’étais avec Bertrand Blier. Nous avions été emballés. Et pourtant, Blier est très, très difficile !

JPL. C’est bien pour ça que j’ai voulu faire avec Christophe un documentaire sur Alan Parker –  et sur  neuf autres cinéastes des années 80. Moi, l’une des projections à Cannes qui m’a le plus marqué, c’est celle de E.T. la dernière année de l’ancien Palais. On ne savait rien de rien du film, aucune image, on savait juste qu’il s’agissait d’un film de S.F., qui était censé se passer au moment où les enfants rentrent de l’école, avant le retour des parents. C’est la seule chose qui avait filtré. Et quand on a découvert le film le matin on était hallucinés ! Cela avait été un triomphe. Et je revois Spielberg, à la projection officielle du soir (on y était retournés !), souriant de bonheur au balcon de l’ancien Palais.

ME. L’histoire nous a donné raison sur le fait que les années 1980 ont été des années cinéma formidables. Ce qui ne se sent que quand on lit Première et Studio. Si vous lisez les critiques de l’époque dans Libération ou Télérama, ils en parlent comme d’une époque de merde, selon eux c’était mieux pendant la Nouvelle vague.

FUSION AVEC SCL

« Je ne lis plus aucun magazine de cinéma, sauf une fois l’an, avant de prendre l’avion, ça ne m’intéresse plus. »

Vous lisez toujours des journaux de cinéma ?

JPL. J’ai reçu Studio, puis Studio CinéLive, jusqu’à ce qu’ils arrêtent en décembre 2017, je ne lisais pas tout mais une bonne partie… Sinon, j’ai beaucoup de mal à lire aujourd’hui des journaux de cinéma, à regarder ou à écouter des émissions de télé ou de radio sur le cinéma, alors que j’aime toujours autant faire des interviews, des documentaires sur des réalisateurs ou des acteurs, animer des rencontres… C’est bizarre…

ME. Je ne lis plus Première depuis au moins 25 ans, depuis que j’ai quitté la presse. J’ai arrêté de lire Studio quand Jean-Pierre en est parti, en 2006. Je ne lis plus aucun magazine de cinéma, sauf une fois l’an, avant de prendre l’avion, ça ne m’intéresse plus. Ça m’amuse de faire du cinéma, c’est autre chose.

Comment avez-vous réagi à la fusion de Studio et de Ciné Live, en 2009 ?

JPL. On n’y était plus.

ME. J’ai eu l’impression que Studio avait bouffé Ciné Live. Le journal ressemblait plus à Studio qu’à Ciné Live.

JPL. C’est paradoxal, parce qu’à l’époque, il y avait plus de journalistes pigistes de Ciné Live que de Studio !

ME. Ça j’ignorais, je ne connaissais plus personne à Studio quand cette fusion a eu lieu.

JPL. Quand j’ai quitté Studio, en 2006, l’éditeur m’avait demandé d’avoir une fonction de conseiller. J’avais accepté sur le principe. Un jour, il me confie qu’il souhaite racheter Ciné Live et me demande ce que j’en pense. Je lui réponds que c’est une bonne idée. Ça permettrait de revenir à notre idée initiale, de deux journaux différents et complémentaires, comme lorsqu’on avait rêvé de faire à la fois Première et Studio. Et ce serait une très bonne chose pour la pub face à Première. Il me dit alors qu’on pourrait aller plus loin en mutualisant les critiques. Je tombe de ma chaise ! Si les critiques de Ciné Live sont les mêmes que celles de Studio, c’est que quelque chose ne tourne pas rond. C’est ce que je lui dis. Il ne m’a plus jamais rien demandé ! Finalement, il a racheté Ciné Live, et il a demandé à Michel (Rebichon) de diriger les deux journaux en même temps, chacun ayant un rédacteur en chef attitré, et de réussir à faire travailler les deux équipes au même endroit en mutualisant les services : le service photo, les secrétaires de rédaction… Opération qu’il réussit très bien, sans conflit. Un jour, au téléphone, Michel me dit qu’il a une réunion importante le lendemain matin pour préparer un séminaire – un de plus ! – pour une nouvelle formule de Studio et de Ciné Live. Le lendemain, il m’appelle et m’annonce… qu’il est viré ! On lui a dit :  »Maintenant que les deux rédactions s’entendent bien, on va les fusionner pour ne faire qu’un seul journal. » Avec le sens de l’humour et de la répartie qui le caractérise, Michel leur répond :  »C’est une mauvaise idée. Ils ont tous les deux une image très forte mais elle n’est pas vraiment compatible. C’est comme si on fusionnait Dior et Zara ! » Ils enchaînent :  »C’est donc que vous n’êtes pas l’homme de la situation, au revoir ! »  Et sans autre discussion, ils l’ont licencié. Il leur a fait un procès qu’il a gagné bien sûr. La direction croyait qu’elle allait additionner les lectorats. En fait, elle les a divisés par deux !

PREMIÈRE  ET  STUDIO TODAY

« Quand Les Cahiers se sont ouverts, sous l’ère Toubiana, il est arrivé qu’ils fassent des couvs sur les mêmes films que nous. »

Après avoir quitté la presse cinéma tous les deux, quel a été votre regard sur Première et StudioCinéLive ?

ME. Ce qui manque aujourd’hui, et qui manque depuis longtemps, à Première, et c’est aussi ce qui manquait à StudioCinéLive, c’est qu’ils n’ont aucune personnalité cinéphilique, ils ont les mêmes goûts que tout le monde. A mon époque, Première et Studio étaient des journaux qui défendaient un certain cinéma contre un autre – ça n’existe plus. Je serais curieux de faire l’expérience : comparer les classements annuels de Télérama, Première, Studio et des Cahiers à notre époque et ces dix dernières années. Dans les années 80, souvent, il n’y avait pas un seul film en commun dans nos Top 10. Alors qu’aujourd’hui, il doit y en avoir la moitié, voire davantage. Ce ne sont pas Les Cahiers ou Télérama qui ont changé, ce sont les journalistes de Première et Studio qui se sont mis à aimer les mêmes films chiants qu’eux !

JPL. Il y a eu quelques exemples inverses, mais très peu je te le concède ! Quand Les Cahiers se sont ouverts, sous l’ère Toubiana, il est arrivé qu’ils fassent des couvs sur les mêmes films que nous, comme sur Tenue de soirée, de Blier, ou sur Sous le soleil de Satan de Pialat, par exemple. C’était quand même rigolo.

ME. On a aimé, contre l’avis général des autres critiques, beaucoup de films qui sont restés… Amadeus, Le Cercle des poètes disparus, Greystoke, Pretty Woman… On était en phase avec les gens qui allaient au cinéma. Quand Première démarre, il est lu par les 15-24 ans, et moi j’ai 24 ans, je suis donc dans la même génération. J’ai senti que les choses avaient changé en 1987, au démarrage de Studio. J’avais 35 ans, et le film-culte de l’année, c’était Le Grand bleu, qui n’enthousiasmait personne dans notre rédaction. Notre public était devenu plus jeune que nous… On a dû seulement mettre 2 étoiles dans nos tableaux, alors que nos lecteurs allaient le voir dix fois !

JPL. C’est la période où l’on a reçu le plus de lettres nous engueulant ! C’est moi qui avais fait la critique, et on n’a mis en effet que 2 étoiles ! Après, Luc Besson a dit qu’on l’avait assassiné !

ME. Pour Luc Besson, si tu ne te prosternes pas devant lui en hurlant au génie, tu l’assassines !

JPL. On a fini par se réconcilier avec lui, mais… après Jeanne d’Arc ! On lui avait demandé une longue interview dans un numéro spécial sur les années 90 et il avait accepté. La première dans Studio. A la fin de l’entretien, il m’avait offert le livre du tournage de Jeanne d’Arc avec cette dédicace : ” Jeanne d’Arc m’a appris une chose : la guerre ne fait que des perdants ”. Ensuite, on a régulièrement travaillé avec lui.

« Aujourd’hui, le niveau d’ensemble (…) des séries s’est considérablement élevé, jusqu’à devenir très supérieur au niveau d’ensemble des films de cinéma »

ME. Il s’est réconcilié avec toi, pas avec moi. En 2003, quand Blier a été sélectionné à Cannes avec Les Côtelettes, produit par Besson, je suis descendu deux jours au Festival pour assister à la projection et soutenir Blier. Quand j’arrive sur la Croisette, je vois très vite Blier, qui m’invite à venir sur le bateau de Besson pour un raout en l’honneur des Côtelettes. Je lui réponds que je ne veux pas aller à une fête de Besson sans être sûr de ne pas être persona non grata, Blier se marre, il me dit que nos disputes sont anciennes, que Besson n’en a plus rien à foutre, je reste sceptique, Besson a la réputation d’être très rancunier, je lui dis que je n’irai à ce raout que s’il en parle à Besson et que Besson est ok. Blier demande donc à Besson s’il peut m’inviter, et Besson lui répond : ‘’Tu veux inviter mon pire ennemi ?!’’ Je n’y suis donc pas allé ! Ah ah ah ! Pour en revenir à Première aujourd’hui, ou aux derniers StudioCinéLive, je ne comprends pas qu’ils ne se soient pas davantage ouverts aux séries. Ils ont la chance d’avoir des titres, Studio, Première, qui ne contiennent pas le mot cinéma, ils auraient facilement pu se permettre d’élargir leur champ d’action… Game of Thrones mérite plus de pages que n’importe quel film. La moitié du magazine devrait leur être consacrée. A notre époque, c’était différent. Quand on démarre Première, les séries qui marchent, c’est Dallas et Les Feux de l’amour ! Aujourd’hui, le niveau d’ensemble – scénario, mise en scène, acteurs – des séries s’est considérablement élevé, jusqu’à devenir très supérieur au niveau d’ensemble des films de cinéma.

Après huit ans d’existence, Studio CinéLive a été racheté par le groupe qui édite Première et qui a décidé de l’arrêter en décembre 2017, pour mieux relancer un nouveau Studio quelques mois plus tard sous forme d’un trimestriel de luxe. Qu’avez-vous pensé de ce nouveau Studio qui n’a finalement eu que deux numéros ?

ME. Dès que j’ai lu le n° 1, je me souviens avoir dit : ‘’Il n’y aura pas de numéro 3’’ – il y a toujours un n° 2 parce qu’on le boucle avant d’avoir les résultats du 1. Sur le papier, l’idée était jolie, mais je n’ai jamais cru à la périodicité trimestrielle, encore moins pour un magazine de cinéma. C’est inadapté au rythme de l’actualité cinéma : quand un film reste un mois à l’affiche, c’est un exploit. La seule solution aurait été de faire un magazine déconnecté de l’actualité, c’était loin d’être le cas. Surtout, il y avait trop de sujets photos interminables sur des jeunes et belles actrices quasi inconnues, qui jouaient aux mannequins, avec en légende les marques de leurs vêtements : pantalon Trucmuche, chemise Tina Z, chaussures Jim Plouf, ça me semblait totalement à côté de la plaque. Et même anti-cinéphile. Un acteur n’est pas un mannequin, un magazine de cinéma devrait illustrer cette différence et non la gommer. Une photo d’acteur doit promouvoir l’acteur, son regard, son humanité, sa beauté, pas les fringues qu’il porte, et d’autant moins qu’elles ne viennent pas de sa garde-robe personnelle, rien n’est usé, porté, ça donne des photos de mode, sans vie, pas des photos de cinéma. Là encore, on voit comme les choses ont changé depuis nos années 80. J’ai eu une grosse engueulade avec Coluche à cause d’un sweat shirt qu’il portait dans La Femme de mon pote (de Bertrand Blier, 1983). On avait fait un reportage sur le tournage, et publié une photo d’une scène du film où il portait un sweat avec la marque écrite dessus. Dès la parution du reportage, il m’avait téléphoné, furieux, il était convaincu que j’avais touché du pognon de la marque du sweat pour publier cette photo ! J’étais tout aussi furieux qu’il pense un truc pareil, on s’est hurlé dessus pendant un quart d’heure ! Si on avait mis en légende  »Sweat shirt Marcel Dugenou », il aurait mis un contrat sur ma tête !

JPL. J’avais trouvé que le défi de relancer Studio était sacrément gonflé par les temps qui courent où la presse papier a… si mauvaise presse ! Cela rendait le pari encore plus excitant. En plus que Thierry Chèze en soit le rédacteur en chef, alors qu’il est arrivé à Studio comme stagiaire en 1993, et qu’il n’en est jamais parti, bouclait la boucle d’une certaine manière. Le nouveau Studio était un très bel objet, avec une belle maquette, de belles photos et des articles intéressants. Je trouvais juste que ça manquait d’images de cinéma et aussi de mythologie. Mais ce n’était apparemment pas leur volonté. Dommage qu’on ne leur ait pas laissé le temps de se trouver. Deux numéros, c’est quand même pas beaucoup. Peut-être était-ce économiquement intenable… Mais comme Marc, je pense que le rythme trimestriel était très difficile à tenir, et comme lui aussi, j’avais été choqué par la présence des marques partout, même dans les chapeaux des articles ! Je m’étais juste dit que c’était la marche du temps, que j’étais sans doute trop vieux, et que les lecteurs auxquels il s’adressait ne seraient pas choqués, eux qui arborent fièrement les logos des marques sur leurs vêtements quand moi, adolescent, je décousais les crocodiles de mes chemises Lacoste ! Première a donc finalement absorbé Studio. C’est sûr, symboliquement, j’aurais préféré que ce soit l’inverse… Au moins, les trois journalistes qui restaient de mon époque (Thierry Cheze, Sophie Benamon et Thomas Baurez) ne se sont pas retrouvés sur le carreau et ont intégré l’équipe de Première. C’est quand même un drôle d’épilogue…

Quel mot résume le mieux votre période Studio Magazine ?

ME. Jeunesse ! J’ai arrêté la presse à 40 ans, quand on cesse d‘être jeune.

JPL. Ce n’est pas mon cas ! Alors je pourrais dire « excitation » et « plaisir ». L’excitation, le foisonnement, le bouillonnement, le plaisir d’avancer en bande et de travailler en équipe, le plaisir des rencontres avec des gens qu’on admire, voire qu’on aime, le plaisir de partager notre plaisir.

ME. Même en réfléchissant, c’est ça qui reste : ces 17 ans de Première – Studio, c’est ma jeunesse, c’est notre jeunesse. On était tous très jeunes. A part Henry Béhar, Martine Moriconi et Jean-Pierre, qui a, comme chacun sait, six mois de plus que moi,  pendant 17 ans, j’ai le plus souvent engagé des gens plus jeunes que moi, souvent des débutants. On a toujours travaillé avec des jeunes de 25 ans, 30 ans maxi… Ma première assistante, Gigi, devait avoir à peine 20 ans, moi 28, c’était joyeux ! Si je l’avais laissée faire, elle aurait fumé des pètes à son bureau toute la journée !

JPL. Ça, y a que toi qui avais le droit !

ME. Ah ah ah ! S’il fallait hiérarchiser les souvenirs, mes années Première Studio, ce sont d’abord des histoires humaines qui restent, mes relations avec tous ceux avec qui j’ai fait ces journaux. Jean-Pierre, Dany, Jean-Luc Levesque, Christophe, Denis, Catherine Wimphen, Pascaline, Christine, mes assistantes, Catherine, Gigi, Lili, Sylvie, Juliette, ont plus compté dans ma vie que Claude Sautet ! Les seuls artistes qui ont compté autant, ce sont ceux avec qui j’ai vraiment eu des histoires humaines fortes, et ce qui est dingue, c’est que ce sont les quatre du film-culte de ma jeunesse : Depardieu, Dewaere, Miou-Miou et Blier, le seul avec qui je suis toujours ami, depuis 30 ans maintenant… Les films viennent en dernier, j’ai peu de souvenirs de films.

JPL. Je pense que ce sont deux choses vraiment différentes. Il y a d’un côté l’aspect humain du journal, de son aventure collective et de sa fabrication, et l’excitation qui a accompagné tout ça – et là dessus, je suis d’accord avec Marc, ces relations que j’ai pu avoir quasiment avec tous ceux avec lesquels j’ai travaillé, dont certains sont toujours des amis que je vois régulièrement, ont énormément compté, forcément même plus que tout le reste. Et de l’autre côté, il y a les films qui nous ont marqué personnellement, qui ont compté pour nous intimement. Il y en a beaucoup dont je me souviens très bien, que je revois, que j’ai plaisir à présenter voire à faire découvrir dans les séances d’UGC Culte ou ailleurs. Les films, ce pourrait être l’objet d’un autre entretien, où on regarderait la liste de tous les films sortis pendant toutes ces années-là et où on dirait ce qu’il nous en reste aujourd’hui.

SI C’ÉTAIT A REFAIRE

Si c’était à refaire, le referiez-vous ?

ME. Aujourd’hui ? Non, bien sûr.

JPL. Revivre ce qu’on a vécu, en en ayant tiré les leçons ? Tout de suite ! Mais aujourd’hui ? Ah non, jamais ! Je suis trop vieux !

ME. C’est une expérience unique, indépassable. J’ai rencontré plein de gens formidables, j’ai pu écrire exactement les articles que je voulais, j’avais une liberté totale, on avait créé un outil idéal pour les journalistes de cinéma que nous étions, c’était génial, je me suis éclaté, comme peu de gens ont eu la chance de s’éclater dans leur vie. En tant que dirigeant, j’ai été trop peu procédurier, trop insouciant, trop imprudent. Aujourd’hui, les gars dans notre position ont des contrats en béton, des avocats dans tous les coins. Tout ce qui est arrivé de négatif ne serait pas arrivé si on avait été plus prudents et davantage hommes d’affaires. Je suis sorti de ces 17 ans de presse sans un rond, criblé de dettes, parce que ce job, et mes fréquentations liées à ce job, me poussaient à vivre très au-dessus de mes moyens, vu mon salaire très raisonnable ! On était une bande d’amis – il m’est arrivé d’inviter toute l’équipe avec leurs familles à réveillonner chez moi, juste eux et moi – je ne pouvais pas me payer comme un nabab et eux comme des gueux ! L’échelle des salaires était plus resserrée qu’ailleurs, à la suédoise, de 1 à 3,5.

JPL. Comme dit Marc, on ne connaîtra jamais meilleures conditions. Comme lui, j’ai eu beaucoup de chance, j’ai rencontré des gens incroyables, des artistes magnifiques, j’ai vécu des moments rares, j’ai partagé des émotions formidables avec des gens dont j’étais proche, j’ai aimé ce travail en équipe, j’ai fait des voyages insensés, j’ai vécu des aventures que je n’imaginais même pas pouvoir vivre… « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans ». Qu’est-ce que vous voulez qu’il m’arrive de plus ? En même temps, je ne suis pas du tout nostalgique. Jamais, je ne me dis ‘ »c’était mieux avant ». Ou alors disons que… j’ai la nostalgie joyeuse ! Je suis tellement heureux d’avoir vécu tout ça et de pouvoir, comme dans cet entretien, le partager avec d’autres.

Si aujourd’hui vous aviez carte blanche pour créer un journal, vous ne seriez pas tentés ?

ME. Jamais ! Même avec un revolver sur la tempe ! Un peu après Studio, j’aurais pu être intéressé par une aventure différente, j’aurais aimé m’occuper d’un news politique, comme L’Express ou Le Nouvel Obs, mais on ne me l’a jamais proposé, et je n’ai jamais espéré qu’on me le propose. Je suis un rêveur, mais un rêveur lucide !

JPL. Créer un journal aujourd’hui ? Jamais, mais j’accepterais volontiers – et encore, plus les jours passent et plus j’en doute  sérieusement ! – un poste de grand reporter de luxe. Je choisis les thèmes de mes papiers, je vais rencontrer les gens, et je suis très bien payé, etc. Mais je ne veux plus de responsabilités dans un journal !

Marc Esposito et Jean-Pierre Lavoignat lors de ces entretiens en 2016 ©️Fred Teper

Quand nous avons réalisé l’essentiel de cet entretien, en 2016, vous aviez tous les deux décidé d’en faire un livre, vous avez signé un contrat avec un éditeur, vous en aviez parlé sur Facebook, et puis ce livre ne s’est pas fait, et Marc a écrit tout seul ses ‘’Mémoires d’un enfant du cinéma.’’ Que s’est-il s’est passé ?

ME. Même si ces entretiens étaient une bonne base de départ, nous avions beaucoup de choses à réécrire, et surtout à compléter, c’était un très gros travail… J’avais le temps de m’y consacrer à temps plein, et j’ai donc avancé beaucoup plus vite que Jean-Pierre dans l’écriture ou la réécriture de mes interventions. Jean-Pierre, lui, était pris par ses diverses et nombreuses activités, il avançait beaucoup plus lentement que moi, et reportait sans cesse la livraison de ses textes. Fin août 2017, j’avais fini tout mon travail, alors que lui n’en était qu’au premier tiers. Au fil des semaines et des reports de livraison des textes, nos rapports, par mail, lui à Paris moi à Bali, se sont tendus, je ne comprenais pas qu’il préfère aller présenter le film de Thierry Klifa en province ou interviewer Inarritu ou del Toro pour ses docs plutôt que de travailler sur ce livre, j’ai fini par penser qu’il en avait moins envie que moi – je le pense toujours, quoi qu’il dise ! – et mes mails sont devenus de plus en plus désagréables… Heureusement, en janvier 2018, il a pris la décision qui nous a empêchés d’aller plus loin dans le conflit, il m’a dit : ‘’On n’a pas signé ce livre pour s’engueuler, et se stresser, je préfère qu’on arrête.’’ Alors, on a arrêté, et je me suis lancé dans l’écriture de mes Mémoires. Et je vous ai demandé d’enlever de cet entretien tous les passages, toutes les anecdotes que je voulais garder pour mon livre (mes relations avec les ‘’vedettes’’, surtout) et de reporter sa parution sur vos sites pour ne pas déflorer mon livre, ce que vous avez accepté, et je vous en remercie de nouveau ici.

JPL. En fait, lorsque je suis allé voir mon éditeur en mai 2017 pour lui proposer ce livre à deux voix, il a été tout de suite enthousiaste et m’a dit que ce serait bien pour une sortie au printemps ou à l’été 2018, ce qui était idéal pour moi, mais Marc tenait à une sortie au printemps, car il espérait tourner son film indonésien en 2018. En juin, je me suis laissé convaincre par lui et par l’éditeur que j’arriverais à l’écrire et le terminer sans problème pour la fin 2017, pour parution au début du printemps. C’est ma grande erreur. Non seulement parce que je devrais savoir depuis le temps que plus je vieillis et plus j’écris lentement –  aucun des livres que j’ai faits n’est sorti à la date initialement prévue !! – mais surtout parce que j’avais des engagements desquels je ne pouvais pas me défiler. Et notamment quatre docs sur le feu : Michel Hazanavicius, et les 3 Amigos : Cuaron, Innaritu et Del Toro. C’étaient des docs que j’avais initiés et « vendus » à Canal + Cinéma et à OCS, il était impossible de les repousser et encore moins que je ne les fasse pas… Sans même parler des présentations mensuelles d’UGC Culte… Au fil des mois, ça s’est révélé très compliqué pour moi de travailler sur tout à la fois, d’autant que Marc, lui, avançait à la vitesse de l’éclair et que je me retrouvais devant des pages de texte dans lesquelles il n’était pas si simple d’intervenir. A l’automne, j’ai bien compris que je n’y arriverais pas, mais j’essayais quand même. Je me consolais en me disant qu’après tout, il n’y avait pas d’autre urgence que celle qu’on se fixait. Les anniversaires de Première et de Studio étaient passés, ce livre pouvait sortir six mois, voire un an plus tard, c’était pas bien grave. Ce n’était pas l’avis de Marc dont les mails, c’est vrai, devenaient de plus en plus désagréables. J’ai donc préféré arrêter. Disons qu’il était trop impatient et moi trop lent. La distance qui s’est alors instaurée entre nous n’a duré que quelques mois. Des évènements privés et professionnels ont fait qu’on a repris naturellement contact, et que tout s’est enchaîné. Après tout, peut-être que, comme le disait Fellini pour les films, ‘’les livres se font comme ils doivent se faire.’’. Résultat : son livre est passionnant, personnel, foisonnant, formidable. J’ai adoré le lire. Et j’attends le tome 2 ! En plus, imaginez, ces « Mémoires d’un enfant du cinéma» font déjà 535 pages. S’il avait été à deux voix, il en ferait mille ! Rien que pour les années Première ! Ah ah ah…

ME. La première fois que nous nous sommes revus, pour déjeuner, au Wepler, trois ou quatre mois après cette embrouille, nous avons réussi à papoter deux heures ensemble comme si rien ne s’était passé, sans jamais évoquer cette histoire ! Aucun de nous deux n’en avait envie, notre désir de rester amis était trop fort pour qu’on prenne le risque de s’accrocher en reparlant de cet épisode finalement sans importance, puisque je suis ravi de m’être lancé dans mes Mémoires, qui m’ont permis d’écrire un livre bien plus personnel en effet que ne l’étaient ces entretiens. Et j’espère bien que Jean-Pierre se décidera vite à écrire ses Mémoires, car il a aussi beaucoup de jolies choses à raconter, il connait tous les artistes de cinéma de la planète !

JPL. On verra… Pour l’instant je n’y suis pas encore prêt. D’autant que la seule envie que j’ai maintenant, c’est de moins travailler. Voire… plus du tout !

Marc, comment avez-vous vécu la sortie de vos Mémoires ?

ME. Mal ! Les dernières semaines avant la sortie, ma relation avec mes éditeurs s’est gravement détériorée, parce qu’ils craignaient une avalanche de procès, alors que j’étais sûr qu’il n’y en aurait aucun – l’Histoire m’a donné raison, il n’y en a pas eu un seul à ce jour. J’ai refusé de couper ce qu’ils voulaient que je coupe, ils l’ont très mal pris, et à partir de là, tout est allé de mal en pis, le tirage, la mise en place, la promo, la presse… Je préfère ne pas en dire plus, car cette affaire n’est pas terminée… Heureusement, grâce au bouche à oreille, j’ai l’impression que le livre est toujours ‘’vivant’. Plus de quatre mois après sa sortie, il est parfois mieux exposé qu’à sa sortie… J’aurai les chiffres de ventes à la fin de l’année, quand l’éditeur sera obligé de m’envoyer les comptes, on verra bien.

Vous avez dit dans une interview que vous aviez l’intention d’écrire deux autres tomes, un qui irait de la création de Studio jusqu’au Cœur des hommes, puis un autre sur votre parcours de réalisateur. C’est toujours à l’ordre du jour ?

ME. Oui, bien sûr. Mais je n’ai pas encore commencé à écrire le tome 2, j’ai besoin de souffler, le tome 1 a été un gros travail.

Et votre film indonésien, l’adaptation de Sang et volupté à Bali, de Vicky Baum ? Est-il toujours d’actualité ? 

ME. Oui, je m’active toujours à chercher les pépettes pour le faire. J’attends des réponses importantes, je saurai vite si je le tourne, comme j’espère, en 2020 ou pas. Je croise les doigts, je touche du bois.

Jean-Pierre, au même moment que les Mémoires de Marc, vous avez publié un livre avec Danièle Thompson consacré à Gérard Oury (Mon père, l’as des as. Ed. La Martinière). Comment s’est déroulée cette aventure ?

JPL. En fait, cela s’est fait un peu à mon corps défendant ! Ah ah ah … En mai 2018, Isabelle Dartois, des Editions de La Martinière, m’a parlé d’une idée de livre sur Gérard Oury, écrit par Danièle Thompson, qui, comme chacun sait, est non seulement sa fille mais aussi sa principale collaboratrice – elle a écrit avec lui onze de ses dix-sept films, dont les plus gros succès : Le Corniaud (officieusement), La Grande Vadrouille, La Folie des grandeurs, Rabbi Jacob, L’As des as... Et m’a proposé de l’écrire avec elle, car Danièle était très occupée par l’écriture avec son fils, Christopher, d’une série sur les jeunes années de Brigitte Bardot. J’ai décliné sa proposition, pas tout à fait guéri encore de Casino d’hiver, que j’ai écrit avec Dominique Besnehard, et de l’expérience du livre à deux voix avec Marc. Un peu plus tard, je tombe sur Danièle Thompson qui me dit : « C’est génial, ce projet avec toi ! Je suis ravie que tu aies accepté ! Sans toi, je ne l’aurais pas fait. » La Martinière m’avait finalement « vendu » malgré moi ! Ah ah ah ! Danièle était si contente que je n’ai pas osé lui dire que j’avais refusé, et puis, au fond, je crois que ça m’amusait d’écrire à nouveau en me mettant dans la peau de quelqu’un d’autre. C’est un exercice intéressant. Une sorte de défi même. Si Danièle et Isabelle ont pensé à moi, c’est que non seulement je connaissais bien Danièle, et l’aimais beaucoup, et que j’aimais beaucoup aussi Gérard Oury auquel d’ailleurs j’avais, à la demande de Christopher Thompson, consacré un documentaire que nous avions réalisé avec Stéphane Groussard (Gérard Oury, Il est poli d’être gai. 2002) quelques années avant sa mort.

Quand l’aviez-vous rencontré pour la première fois ?

JPL. A l’époque de Première. Ce devait être en 1985 ou 1986. Unifrance avait organisé un mini festival du cinéma français en Inde, à Bombay, et m’avait invité avec deux autres journalistes. Gérard Oury et Miou Miou étaient les vedettes de cet évènement. C’était un voyage incroyable. Le choc de l’Inde… On en parlera une autre fois ! Ah ah ah ! Miou Miou n’a finalement pu nous rejoindre qu’à la fin du séjour. J’ai donc passé des journées entières avec Gérard Oury qui était non seulement un homme délicieux mais un conteur merveilleux. Je ne cessais de l’interroger et l’écoutais raconter mille anecdotes avec un vrai bonheur. Cela a créé des liens entre nous. Ils ont perduré au fil des ans, même si je n’ai pas toujours été fan des films qu’il a faits après. Pour ce livre, j’ai donc interviewé Danièle longuement – et c’était passionnant d’écouter sa fille parler de lui, raconter cette vie ô combien romanesque, avec tant d’épreuves et tant de succès… Puis, je me suis mis à écrire un premier jet, et ensuite, il y a eu pas mal d’allers-retours entre elle et moi… Et voilà. Le livre est plus long que les prévisions de La Martinière et… il est sorti avec trois semaines de retard ! On ne change pas les rayures du zébre, dirait Depardieu. Ah ah ah !

Jean-Pierre, même si vous voulez vous arrêter, vous allez bien refaire quelques documentaires ou un livre, non ?

JPL. Pour les documentaires, Christophe est là qui me pousse. Et on va commencer à réfléchir d’ici peu à quelques idées… Pour les livres, on verra. Si j’ai aujourd’hui envie de ne plus rien faire, c’est que mine de rien, depuis que j’ai quitté Studio, il y a 13 ans déjà, je n’ai pas arrêté : des articles de-ci de-là, des dossiers de presse pour des copains réalisateurs, cinq livres, près de vingt documentaires, une grande expo sur Romy Schneider, la programmation pendant un an du cinéma de répertoire Les Fauvettes, la responsabilité d’UGC Culte, et je ne parle même pas des master-class du Festival de Marrakech ou ailleurs, de la chaîne de télé éphémère et de la radio du Festival d’Angoulême, des animations de débat ou des présentations de films…

ME. Le problème de Jean-Pierre, depuis longtemps, c’est qu’il a rayé de son vocabulaire le mot : ‘’non’’. Ah ah ah !

JPL. Je suis en train de le réapprendre… ! En même temps, si je fais tout ça, c’est aussi parce que ça me plaît toujours, parce que ça m’excite encore, parce que je ne suis pas du tout blasé. Et puis, sans être trop pompeux, tous ces différents travaux ne sont au fond que des opportunités de transmission, c’est une manière de rendre un peu ce qui m’a été donné… Il n’empêche que je rêve aussi – et de plus en plus ! – de ne rien faire. Comme je le répète souvent, je suis un feignant contrarié, comme on parle de « gaucher contrarié » !

ME. Moi, c’est différent. Depuis que j’ai quitté Studio, ça fait plus de 25 ans maintenant, j’ai une vie super cool, et en plus, depuis trois ans, je vis à Bali. Je travaille chez moi, j’écris beaucoup, je suis très actif, mais sans avoir de contraintes. Je travaille où je veux, quand je veux.

JPL. Un homme libre ! Et heureux, en somme !

ME. J’ai l’impression d’avoir toujours été les deux. J’ai eu une chance de dingue !

FIN

Propos recueillis par Sylvain Lefort & Fred Teper

BONUS

Les inédits (Photos rares et documents privés)

Avec Sylvain Lefort lors de ces entretiens en 2016
Avec Fred Teper lors de ces entretiens en 2016
Marc Esposito et Jean-Pierre Lavoignat dans les premiers bureaux de Studio, 116 bis Champs Elysées. 1987/1988

Carton d’invitation à la fête des 10 ans de Studio
Verso du carton d’invitation de la fête des 10 ans.
Andie McDowell et John Malkovich lisant entre deux prises le dernier numéro de Studio apporté par Jean-Pierre Lavoignat sur le tournage de « L’imposteur» de Michael Lindsay Hogg à Londres. 1990
Lettre d’accord de Parker pour venir interviewer Kanevski.
Lettre d’Alan Parker (qui était venu exprès de L.A. à Paris pour interviewer Vitali Kanevsky dont le deuxième film, Une vie indépendante, était en compétition à Cannes : c’est grâce à Parker qui avait sorti la copie en fraude d’URSS et l’avait montrée à Gilles Jacob que Bouge pas, meurs et ressuscite, avait été présenté à Cannes). 1992.
Marc Esposito au balcon, sans doute à la même époque que les 10 ans de Studio 1997.

Le type d’enveloppes envoyées au journal par des lecteurs inventifs
Jean-Pierre Lavoignat, Thierry Klifa et Michel Rebichon en bas des marches à Cannes
Vœux d’anniversaire de Clint Eastwood. numéro 200. Avril 2004
Première page du livre d’or de Studio par Christophe Lambert
Fête des 10 ans. Autographe de Dominique Farrugia
Roschdy Zem, Steven Spielberg et Atmen Kelif à Deauville. Atmen Kelif dit à Jean-Pierre Lavoignat : « si on arrive à faire une photo avec Spielberg,
tu la passes dans Studio? » Jean-Pierre accepte, ils ont fait la photo et elle est passée dans Studio.

Paru dans l’hebdo cinéma en avril 85
Paru dans l’hebdo cinéma en avril 85

Jean-Paul Belmondo et Thierry Klifa
Christophe D’yvoire, Quentin Tarantino et Laurent Tirard ©LR
Alain Corneau et Clint Eastwood Cannes 87 ©L.Roux
Dessin d’une lectrice
Michel Rebichon et Jean-Luc Levesque
Fête de Cannes à Paris
Fête du n°200. Juliette Michaud, Michel Rebichon et Catherine Castro (pigiste)
Fête du numéro 200 Thierry Cheze + Melita Toscan du Plantier Jean-Pierre Lavoignat, Monica Bellucci et Jeremy Irons
Luc Roux, Juliette Binoche et Emmanuelle Béart © Christophe d’Yvoire
Vincent Cassel, Monica Bellucci et Christophe Gans, lecteurs de Studio
Annette Benning et Warren Beatty lecteurs de Studio
Un lecteur de Studio

Livre d’or Pedro Almodovar
Livre d’or Terry Gilliam Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet
Livre d’or Bernard Giraudeau suite à la rubrique Divan du n°1
Livre d’or Patrick Modiano Jean-Marc Roberts
Livre d’or Ray Bradbury
Livre d’or Martin Scorsese Robert De Niro
Livre d’or Martin Scorsese
Livre d’or Alan Parker Jean-Jacques Beineix
Lettre de Georges Lucas pour le numéro 200
Marc Esposito et Christophe Lambert ©Luc Roux
Fête des 10 ans
Le numéro 1 de Studio dédicacé par Christophe Lambert
Samuel Fuller et Bernardo Bertolucci ©CdY
Mot de Spielberg

Les Tops de Première et Studio Magazine de 1981 à 1992

1981

1982

1983

1984

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

Commander Mémoires d’un enfant du cinéma de Marc Esposito (Editions Robert Laffont) ici

Commander Gérard Oury – Mon père L’as des as de Jean-Pierre Lavoignat & Danièle Thompson ici

 

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